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2ème dimanche de l’Avent – 6 décembre 2020

Quand se prolonge une détresse, se manifeste un grand désir de consolation. Ce dimanche, plusieurs voix se font entendre pour annoncer à ceux qui souffrent, des bonnes nouvelles de la part de Dieu. Elles ont retenti en des circonstances historiques différentes. Dimanche dernier dans le Livre d’Isaïe (ch 63), un prophète exprimait sa désolation de voir que son peuple revenu d’exil retombait dans ses erreurs et ses errances. Aujourd’hui la liturgie nous invite à un retour en arrière. Dans le même Livre (ch 40) nous entendons ce que proclamait un autre prophète de la même famille spirituelle, durant l’exil à Babylone.

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu –
parlez au cœur de Jérusalem.
Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié,
qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes.
Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ;
tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu.
Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées !
que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée !
Alors se révélera la gloire du Seigneur,
et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion.
Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem.
Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! »
Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout.
Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage.
Comme un berger, il fait paître son troupeau :
son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur,
il mène les brebis qui allaitent.

Dans la Bible, Dieu est souvent présenté comme un père qui « console » ses enfants. Le fait d’être consolé, lorsqu’on est petit enfant fragile, ou adulte gisant au plus profond d’une détresse, peut souvent construire, aider à vivre. Nous y aspirons tous au plus fort de nos épreuves et de nos chagrins. C’est un mot à garder précieusement, enveloppé dans deux textes qui nous sont familiers. D’abord dans le texte des Béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés », et bien sûr dans ce texte d’Isaïe aujourd’hui : « consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu… » Ce texte, naguère appelé le « consolamini » chanté à l’office de la nuit de Noël, ouvre le livre de la consolation d’Israël exilé à Babylone.
En ce temps de pandémie qui nous parait interminable, une lueur d’aurore vient de paraître pour les mois qui viennent. Nous avons grand besoin de consolation. Le verbe « consoler » revêt deux aspects inséparables. D’une part sécher les larmes (une action tournée vers le passé et le présent), et d’autre part, réconforter, rendre fort (une action tournée vers l’avenir). C’est le double désir de Dieu pour son peuple. Les ruptures de l’Alliance ne sont jamais de son fait car il ne remet jamais en cause sa fidélité. À tous il offre toujours un avenir possible. La consolation est un réveil de l’espérance et un appel à la conversion. Au pécheur de revenir vers lui en chantant après s’en être allé en pleurant (ps 125). Comment reconnaître et accueillir ce Dieu berger si l’on a un cœur de guerrier ? Comment reconnaître et accueillir la tendresse maternelle de Dieu, si on a le cœur impitoyable ? Comment reconnaître et accueillir ce Dieu cordial, qui porte les petits sur son cœur, si l’on a un cœur dur comme la pierre ? Les bras et le cœur de Dieu sont toujours ouverts pour accueillir le peuple prodigue et lui redonner courage.
La voix de Dieu lui-même retentit encore dans le psaume 84, dont ne nous sont proposés que les derniers versets.

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple [et ses fidèles ;*
Qu’ils ne reviennent jamais à leur folie].
Son salut est proche de ceux qui le craignent, et la gloire habitera notre terre.
Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre et du ciel se penchera la justice.
Le Seigneur donnera ses bienfaits, et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.

Ce psaume date sans doute de la période d’après le retour d’exil qui ne fut pas idyllique : les rapatriés de Babylone connurent beaucoup d’épreuves. Dieu les avait fait revenir d’exil, mais ils s’étaient montrés de nouveau infidèles à sa Loi. D’où leur supplication pour que le Seigneur revienne encore afin « qu’ils ne reviennent jamais à leur folie ». Un passage censuré dans le missel, on ne sait pourquoi. Dommage, car ce sont des mots dont la résonance est si forte dans notre actualité. Dans notre monde menacé de revenir à des folies des guerres et des injustices, et soumis à des dérèglements sanitaires et climatiques.
La parole de consolation de Dieu se résume en un seul mot : « Paix », ce mot que prononceront les anges de la Nativité et plus tard Jésus ressuscité. « Paix aux humains de bienveillance ». Voilà le projet, le désir de Dieu pour tous les membres d’Israël mais aussi pour tous les peuples. La bonne nouvelle de la Paix est associée à un appel à une conversion évoquée par deux couples de mots. Un appel à vivre dès à présent : amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. Pas d’amour dans toute rencontre si règne le mensonge, si la vérité n’est pas respectée. Pas de paix possible sans justice sociale à vivre dans les rapports humains. Pas de vérité sans amour dans toute rencontre non plus, et pas de justice sans baiser de paix – ce geste dont nous espérons le retour. Mais ces valeurs sont à vivre dans les trois dimensions de l’espérance, évoquées à la fin par les verbes au futur. Elles prennent leur source en Dieu qui se penchera toujours vers l’humanité et donnera ses bienfaits. Elles montent vers Dieu, et elles germeront d’une terre qui donnera son fruit. Nous nous préparons à fêter la naissance de ce fruit de la terre qu’est Jésus, venu donner sens à notre histoire. Aujourd’hui et toujours la justice marchera devant lui, et ses pas traceront le chemin.
L’Évangile de Marc – notre évangéliste de cette année – commence par la double annonce d’une Bonne Nouvelle. La première est inscrite au fronton de son écrit, et la seconde est proclamée par Jean Baptiste dont la voix retentit dans le désert.

COMMENCEMENT DE L’ÉVANGILE de Jésus, Christ, Fils de Dieu.
Il est écrit dans Isaïe, le prophète :
Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour ouvrir ton chemin.
Voix de celui qui crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.
Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert.
Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain,
en reconnaissant publiquement leurs péchés.
Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ;
il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.
Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ;
je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales.
Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

Alors qu’Isaïe et le psalmiste évoquent des recommencements liés aux aléas de l’histoire, des relèvements après des chutes, des conversions après des errements, saint Marc parle d’un commencement, de l’irruption d’une nouveauté dans l’histoire humaine, d’une véritable et bonne nouvelle. « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre », dit le récit de la Genèse (v.1), « Au commencement était le Verbe », écrit saint Jean (v.1). « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu », écrit saint Marc (v.1). L’Évangile de Marc commence par une profession de foi et un cri à travers le désert qui fait accourir les foules.
Qu’y a-t-il donc de nouveau, si la voix de Jean Baptiste crie les mêmes mots qu’Isaïe au retour d’exil ? C’est l’accomplissement de ce qui était annoncé. Jean Baptiste n’a pas annoncé la promesse d’une consolation mais sa réalisation et l’appel à une nouvelle conversion. Celle de la préparation à reconnaître et accueillir celui qui vient remettre les péchés, inaugurer des temps nouveaux : « Jésus, Christ, Fils de Dieu ». Il est le consolateur.

Dans sa seconde Lettre écrite à la fin du premier siècle, Pierre s’adresse à des chrétiens dispersés en terre païenne. Ils pensent que la venue du Seigneur est proche et s’étonnent de son retard. Pierre leur rappelle que le rapport de Dieu au temps et celui des hommes sont sans commune mesure.

[…] Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans,
et mille ans sont comme un seul jour.
Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse,
comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente :
car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ;
mais il veut que tous aient le temps de se convertir.
[…] Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur,
c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice.
Dans l’attente de ce jour, frères bien-aimés,
faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix.

Le Christ est venu mais s’il tarde à revenir c’est parce que Dieu « n’accepte pas que quelques-uns se perdent. » Pierre met le retard de Dieu sur le compte de sa miséricorde : en son éternité il a le temps pour lui et il patiente pour « que tous aient le temps de se convertir ». Nous sommes appelés à faire preuve de patience comme lui, pour le salut de nos frères et sœurs et du nôtre. À résister à des perspectives de fin du monde et à ralentir nos marches vers des progrès parfois illusoires. À vivre l’épreuve exceptionnelle que nous traversons comme un temps de consolation mutuelle. Soyons consolateurs les uns pour les autres en renouvelant notre attention et notre entraide mutuelles pour nourrir notre force de résistance face aux dégâts de toutes sortes dans nos biens, nos relations, notre santé… Pour vivre ce temps comme un temps de grâce.

Evangile selon saint Marc – Mc 1, 1-8

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