Is 52, 13 – 53, 12 ; Ps 30 (31) ; He 4, 14-16 ; 5, 7-9 ; Jn 18, 1 – 19, 42
Frères et sœurs,
Chers catéchumènes,
Ce récit de la Passion de Jésus, nous le lisons chaque année. Pour ceux qui viennent régulièrement à cette célébration du Vendredi Saint, nous la connaissons presque par cœur ! Alors, pourquoi est-il si important de célébrer cela et de relire ces textes ensemble ?
En fait, cela nous concerne et nous touche beaucoup plus que nous ne le pensons.
D’abord, parce qu’il ne s’agit pas de n’importe quelle fin de vie. Jésus est le Fils de Dieu, Dieu lui-même « qui a traversé les cieux » nous dit l’auteur de la lettre aux Hébreux, et « il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. »
Cette Passion est marquée par trois aspects.
D’abord l’injustice : Jésus est condamné à mort alors qu’il n’a fait que le bien. Ensuite l’humiliation : les soldats se moquent de lui, la foule l’insulte. Enfin la souffrance extrême qu’il endure dans sa Passion et sa mort sur la croix.
Sa mort est révoltante et scandaleuse, et en même temps elle est source de Salut pour nous.
Un deuxième aspect est celui d’un effet miroir avec notre propre vie. Dans ce que vit Jésus, nous pouvons reconnaître ce que nous vivons peut-être nous-mêmes : l’injustice, l’humiliation, la souffrance. Ce sont des réalités que nous avons pu connaître, sans doute pas dans cette même ampleur, à des degrés divers, à un moment ou à un autre de notre vie, peut-être même actuellement !
Ces souffrances peuvent naître de conflits conjugaux, familiaux ou professionnels, de relations de voisinage difficiles, ou encore de la violence présente dans notre société. Elles peuvent aussi venir de la maladie ou de situations personnelles éprouvantes.
Ainsi, tout ce qu’a vécu Jésus rejoint ce que nous avons vécu ou ce que nous vivons. Le fait de croire que Dieu a traversé cela en la personne de Jésus n’efface pas notre histoire, ni nos blessures, ni la mémoire de ce que nous avons pu traverser. Mais cela introduit une lumière au cœur de nos ténèbres, car Jésus est sorti vainqueur de la mort. Il nous a fait don de sa vie par amour pour nous faire entrer dans sa lumière, une lumière vivifiante, source d’espérance.
Il existe aussi un autre effet miroir : celui de révéler notre péché. Cette injustice, cette humiliation, cette souffrance, nous avons parfois, nous aussi, pu les infliger à d’autres. À des degrés de gravité divers, personne ici ne peut dire qu’il n’a jamais fait souffrir quelqu’un, moralement ou même physiquement à un moment donné de sa vie.
« Tout ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait », a dit Jésus (Mt 25, 40). Cet effet miroir, c’est aussi Jésus qui se reconnaît dans les souffrances que nous infligeons aux autres. Ainsi, lorsque nous faisons souffrir quelqu’un, c’est aussi le Christ que nous faisons nous-mêmes souffrir.
Méditer la Passion de Jésus nous appelle donc à demander pardon pour nos fautes, à changer d’attitude, à entrer dans une véritable conversion. C’est aussi accueillir la grâce de sa miséricorde, donnée d’abord dans le sacrement du baptême — pour les catéchumènes qui s’y préparent et vont bientôt le recevoir — et puis qui se renouvelle pour tous les baptisés dans le sacrement du pardon où le Seigneur manifeste pleinement son amour.
Et comme le dit le prophète Isaïe : « Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leur faute. » En ces Jours Saints, que le visage souffrant du Christ en croix nous touche au plus profond de nous-mêmes et soit pour nous source de guérison et de Salut. Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon