Si 50, 1.3-7 ; Ps 15 ; Ga 6, 14-18 ; Mt 11, 25-30 (Lectionnaire sanctoral)
Frères et sœurs,
Jésus nous dit :« Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » Comme cette phrase nous fait du bien ! Et comme elle correspond si bien au témoignage, en paroles et en actes, que nous a laissé saint François d’Assise !
Le joug de Jésus, c’est l’appel qu’il nous adresse à écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique. C’est aussi celui d’annoncer à tous sa Bonne Nouvelle du salut. C’est ainsi que nous contribuons à faire grandir le Règne de Dieu. C’est donc bien un engagement qui implique courage et renoncements, mais c’est cela qui fait de nous des disciples. Non pas des serviteurs, mais des amis de Jésus, et cela change tout dans notre vie, car le repos de l’âme dont Jésus veut nous combler, c’est la paix intérieure, la joie spirituelle, la certitude d’être sur le chemin qui mène à la vie avec Dieu, et finalement, vers le bonheur véritable.
Au XIIIe siècle, saint François a vécu un retournement qui lui a fait expérimenter tout cela au cours de sa vie. Issu de la riche bourgeoisie d’Assise, et vivant comme les jeunes de son époque et de son milieu, il va se laisser toucher par le Seigneur et par son Évangile et renoncer à toute richesse. Sa vie sera habitée alors par la joie, la pauvreté, l’évangélisation et l’amour de la création.
Le Seigneur l’a appelé dans une révélation à « réparer son Église » à une époque où elle vivait une période difficile. Il va comprendre qu’il ne s’agissait pas de réparer des chapelles, ce qu’il a commencé à faire, mais à réparer l’Église vivante du Christ. Il accomplissait ce que Ben Sira le Sage nous disait en première lecture : « Voici le grand témoin qui, pendant sa vie, répara la maison de Dieu. (…) Il prit soin de son peuple pour le préserver de la ruine. »
Aujourd’hui où notre Église est confrontée à de grands défis pour vivre sa mission de salut en ce monde, la figure de saint François est d’autant plus parlante. Ce n’est pas un hasard si le pape François avait pris son nom alors que la dignité de la personne humaine est mise à mal. Le Seigneur fait bien les choses en faisant advenir les bons Papes au bon moment, comme c’est le cas maintenant avec le pape Léon XIV et les défis actuels de l’humanité avec, l’IA, la violence, les guerres et les changements climatiques.
C’est pourquoi la figure de saint François d’Assise est si parlante pour nous aujourd’hui et que cette année jubilaire des 800 ans de sa mort et de son entrée au ciel, sont pour nous l’occasion de nous laisser toucher par son témoignage. J’ai relevé trois aspects où saint François nous aide à « réparer l’Église » dont nous sommes les membres, mais aussi notre humanité, à savoir la contemplation de la création, la pauvreté et la miséricorde :
Notamment ce que nous lègue la tradition franciscaine avec l’importance, et je le cite « de la nature comme lieu de gratuité, de beauté pure, d’hospitalité silencieuse pour l’âme agitée. » Et il ajoute : « Dans un monde saturé de béton et de machines, nous avons oublié la douceur de la terre. Or la nature guérit. Elle réveille l’émerveillement, élève l’âme, nous arrache aux automatismes du consumérisme. Contempler un paysage, sentir la mer, gravir une montagne ou croiser le regard d’un animal, tout cela nous restitue à nous-mêmes et nous rappelle que nous sommes d’abord des êtres de relation, de sensibilité, d’enracinement. »
Saint François nous appelle donc à contempler la création et à y reconnaître la bonté de Dieu. Une contemplation qui nous pousse à remercier Dieu. Cela apaise nos rapports humains en nous invitant à y mettre du respect. Un respect pour nos semblables, mais aussi pour la Création tout entière « qui gémit dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore », comme dit saint Paul (Rm 8, 22).
« Saint François d’Assise est devenu l’icône de ce printemps spirituel. En épousant la pauvreté, il a voulu imiter le Christ pauvre, nu et crucifié.[1] », dit le pape Léon XIV dans son encyclique Magnifique Humanité. « Cette année de saint François nous incite donc tous, chacun selon ses possibilités, à imiter le pauvre homme d’Assise, à nous former autant que possible sur le modèle du Christ…[2] » qui est, comme lui-même nous l’a rappelé, « doux et humble de cœur ». Cette forme de pauvreté, ou au moins de sobriété par rapport à la consommation doit nous amener à raviver notre foi, notre espérance et notre charité.
Et pour oser pardonner, il faut déjà accepter de le recevoir pour soi-même. Il se trouve que durant cette année jubilaire de la mort de saint François, l’Église nous propose l’indulgence plénière, c’est-à-dire l’effacement des traces et conséquences de nos fautes passées qui ne peuvent pas l’être uniquement par le sacrement du pardon. L’indulgence est le visage de la miséricorde. N’hésitons pas à faire cette démarche. « Dieu ne se fatigue jamais de pardonner, c’est nous qui nous fatiguons de demander sa miséricorde. », disait le pape François[3].
Pour en bénéficier, nous devons faire une démarche : d’abord, évidemment, avoir une vraie volonté de manifester à notre tour la miséricorde envers nos proches, sans oublier ceux qui ne nous aiment pas pour une raison ou pour une autre. Ensuite, une démarche spirituelle en participant à l’eucharistie au cours de cette journée de pèlerinage en ce lieu de saint François du Guelmeur, que je désigne comme un lieu jubilaire, c’est ce que nous sommes en train de vivre, recevoir le sacrement du pardon auprès d’un prêtre, cela peut se faire à un autre moment, et prier pour les intentions de prière du Saint-Père.
Frères et sœurs, en cette année jubilaire de l’entrée au ciel de saint François, accueillons la grâce de Dieu qui se manifeste par son témoignage et sa prière. Amen.
✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon
[1] Léon XIV – Dilexit-Te n° 64
[2] Décret du Pénitencier apostolique à l’occasion du 8e centenaire de la mort de saint François d’Assise — 10 janvier 2026.
[3] Evangelii Gaudium n° 3