Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  4 juillet 2026 — Année A — Pèlerinage des pères de famille — Chapelle Notre-Dame du Folgoat — (Landévennec) (29)

4 juillet 2026 — Année A — Pèlerinage des pères de famille — Chapelle Notre-Dame du Folgoat — (Landévennec) (29)

2 S 7, 4-5a.12-14a.16 ; Ps 88, Lc 2, 41-51a

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Chers amis,

Dans les Évangiles, nous trouvons très peu de textes qui parlent de saint Joseph. Les évangélistes n’ont pas estimé qu’il était nécessaire d’en dire davantage. En revanche, ils ont retenu seulement ce qui était nécessaire pour comprendre qui est vraiment Jésus.

Dans ce passage d’Évangile sur le recouvrement de Jésus au Temple, je voudrais, sans m’arrêter sur ce qui est central, à savoir l’affirmation de Jésus disant qu’il est chez son Père, mais regarder ce récit sous un autre angle, en m’intéressant à la question de l’éducation que Joseph a pu donner à Jésus et qui peut transparaître en filigrane dans ce passage.

L’éducation est aujourd’hui un sujet très important. Nous constatons un réel déficit, non seulement dans l’éducation humaine, mais aussi dans la transmission de la foi. À tel point que les évêques de France ont décidé d’ouvrir, pendant trois ans, un grand chantier de réflexion, auquel de nombreuses personnes seront associées y compris dans les diocèses, afin de réfléchir à l’éducation aujourd’hui et aux grandes priorités qui devront être données dans ce domaine.

C’est un chantier qui nous paraît essentiel. J’ai trouvé intéressant de regarder, dans ce passage d’Évangile, comment apparaît l’éducation donnée par saint Joseph à Jésus. Puisque la Sainte Famille nous est présentée comme un modèle, la manière dont les parents de Jésus prennent soin de lui doit aussi nous servir d’exemple.

Dans ce texte, je relève trois aspects de cette éducation.

Le premier est celui des pèlerinages à Jérusalem. Il nous est dit que, chaque année, ils montaient à Jérusalem selon la coutume. Ils étaient très fidèles à ce grand pèlerinage qu’ils accomplissaient d’ailleurs non pas seuls, mais avec leur famille, leurs proches et beaucoup d’autres pèlerins.

Ce qui me paraît intéressant, c’est qu’ils font vivre à Jésus une expérience concrète de la foi. La découverte de la foi ne passe pas seulement par l’enseignement. Celui-ci est évidemment très important, mais la foi passe aussi par les jambes. Le pèlerinage, nous le savons bien, nous aide à grandir dans la foi par la démarche elle-même, par la manière dont nous le vivons.

Je constate qu’aujourd’hui, dans le diocèse, plusieurs paroisses développent des initiatives pour aider les jeunes à ne pas seulement suivre une catéchèse, ce qui demeure essentiel, mais aussi à vivre de véritables expériences spirituelles. Nous avons le pèlerinage En Hent à la fin de l’été ainsi que d’autres pèlerinages au cours de l’année. Mais nous voyons aussi des initiatives destinées aux parents et aux enfants. Même lorsque les parents ne sont pas pratiquants, ils leur font visiter les églises.

Il faut dire que nous possédons un patrimoine extraordinaire dans notre diocèse. Partir des sculptures, de la statuaire bretonne, qui est magnifique, des vitraux, du mobilier liturgique, permet de transmettre une première annonce de la foi à des parents, avec leurs enfants, qui en sont souvent assez éloignés.

Je trouve que la réaction des parents est vraiment très positive. Souvent, ils entrent dans une église sans savoir expliquer à leurs enfants ce qu’ils voient. Les enfants posent beaucoup de questions, mais les parents ne savent pas toujours y répondre. Grâce à ces visites, ils découvrent eux-mêmes davantage la foi à travers une église.

Je constate que ces initiatives se développent, qu’elles rencontrent un véritable succès et qu’elles constituent, pour de nombreux parents, une authentique démarche de foi. Pour beaucoup, c’est le commencement d’une démarche chrétienne. Voilà un aspect de la transmission de la foi qu’il nous faut certainement continuer à développer dans le diocèse comme je l’ai souligné dans l’orientation diocésaine pour raviver la culture bretonne et la dévotion populaire.

Un deuxième aspect que je voudrais souligner est celui de Jésus dans le Temple. Il nous est dit qu’il écoutait et qu’il posait beaucoup de questions. Ses réponses étaient remarquablement intelligentes nous dit l’évangéliste.

Ce qui est intéressant, c’est que cela reflète sans doute ce que saint Joseph a vécu avec son fils dans cette relation faite de questions et de réponses. Les enfants posent beaucoup de questions ; les parents cherchent à leur répondre. Nous voyons que Jésus est familiarisé avec cette manière d’échanger. Nous pouvons imaginer qu’il l’a vécue au sein de sa famille.

Nous aussi, nous avons à vivre cela dans l’éducation des enfants. Ils posent beaucoup de questions, mais encore faut-il être capables d’y répondre. Or nous constatons aujourd’hui que ce n’est pas toujours le cas. Nous le voyons avec les catéchumènes adultes ou les confirmands : ils posent de nombreuses questions auxquelles nous ne sommes pas toujours capables de répondre. Nous avons donc tous besoin d’approfondir notre foi afin d’être capables de répondre aux interrogations des enfants, des jeunes et des adultes.

Je pense que, dans la transmission de la foi, la formation est quelque chose de très important. C’est pourquoi j’en ai fait une orientation diocésaine : nous former nous-mêmes, grandir dans la foi, approfondir les Écritures afin d’être capables de répondre, un peu à la manière de Jésus dans le Temple.

Enfin, le troisième aspect se trouve à la fin du texte. Il nous est dit que Jésus descendit à Nazareth et qu’il leur était soumis.

L’opinion publique actuelle n’aime pas beaucoup ce terme de « soumission », parce qu’il est souvent associé à une forme d’esclavage. Pourtant, dans la Bible, la soumission est très présente, mais il s’agit d’une soumission vécue dans l’amour. C’est l’obéissance des enfants envers leurs parents ; c’est l’obéissance que nous pouvons avoir envers Dieu et à sa Parole ; c’est l’obéissance que les prêtres vivent envers leur évêque, l’évêque envers le Pape, les religieux envers leurs supérieurs.

Je trouve que cette obéissance est quelque chose de fondamental. Jésus lui-même s’est soumis à son Père. Nous le voyons notamment lorsque saint Paul écrit : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même… » (Ph 2, 6-7).

Cet abaissement, cette soumission, est aussi la source du salut. C’est ainsi que peut grandir l’unité dans le couple, dans la famille. C’est ainsi que peut grandir l’unité dans l’Église : par la soumission à Dieu, par la soumission les uns aux autres, c’est-à-dire par l’obéissance. Je pense qu’aujourd’hui, nous avons besoin de retrouver cette vertu de la soumission au sens biblique du terme.

Pour conclure, nous percevons la présence de saint Joseph en filigrane dans les évangiles de l’enfance de Jésus. Joseph est là, dans la discrétion et a contribué pour sa part à aider Jésus à prendre pleinement sa place de fils, mais aussi de Fils de Dieu et de Messie au milieu de nous. Puissions-nous, par l’éducation que nous donnons à nos enfants et le témoignage de notre foi, permettre à Jésus de prendre sa place dans le cœur des enfants et de leurs parents. Amen

✠ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon