Ac 10, 34a.37-43 ; Ps 117 (118) ; Col 3, 1-4 ; Séquence Victimæ Paschali ; Jn 20, 1-9
Frères et sœurs,
Chers amis,
La longue série des textes de la Bible que nous avons entendue hier soir, et dont nous entendons des extraits toute l’année dans la liturgie, nous rappelle que la mort et la résurrection de Jésus ne peuvent pas être comprises en dehors de l’histoire du Peuple élu. Comme le dit saint Jérôme, grand traducteur de la Bible au IVe siècle : « Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ. »
C’est ce que la Déclaration conciliaire Nostra Aetate (n° 4) nous rappelle : « L’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils [Les Gentils désignant ici les non-juifs]. L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul. ».
À travers les lectures de la nuit dernière, nous avons donc entendu le dessein de Dieu qui se réalise, en partant d’une méditation du livre de la Genèse sur l’origine du monde, que Dieu a créé par amour, avec ensuite la lutte pour se libérer de l’oppression et du mal dans le livre de l’Exode et la traversée de la Mer. C’est cette libération que les juifs célèbrent cette semaine avec la fête de Pessah, le passage. Puis viennent ensuite les appels répétés du prophète Isaïe à entrer dans l’Alliance de Dieu, et malheureusement aussi les infidélités, les appels à la conversion et les renouvellements de cette Alliance dans le livre d’Ézéchiel. Nous sommes arrivés à la venue de Jésus en ce monde, sa mort et, en ce jour, la joie de sa Résurrection.
Ce passage du Fils de Dieu de la mort à la vie et sa victoire définitive sur les forces du mal est une étape décisive de l’histoire du Salut. Nous ne sommes pas encore arrivés au bout, puisque nous attendons l’Avènement glorieux du Christ à la fin des temps, dont la date n’est pas précisée, mais déjà tout est changé puisque, par les sacrements, Il nous fait déjà participer à sa mort et à sa résurrection comme ont pu le vivre les baptisés d’hier soir.
Le passage d’Évangile de ce jour nous rapporte le témoignage des premiers instants où les disciples ont découvert le tombeau dans lequel Jésus avait été déposé deux jours avant. Tombeau désormais vide, mais pas tout à fait cependant… puisque les linges qui avaient enveloppé le corps de Jésus étaient restés sur place.
Que signifie cette insistance de saint Jean sur ces linges ? En fait, ce sont les premiers signes objectifs qui vont permettre aux disciples de croire ce qui leur paraissait totalement impensable, à savoir que le corps de Jésus n’avait pas été dérobé, comme Marie-Madeleine le croyait au début, mais bien ressuscité, même s’ils ne savaient pas encore ce que cela voulait dire concrètement.
Jésus leur avait pourtant dit, à plusieurs reprises, qu’il devait passer par la mort pour ressusciter le troisième jour, mais comme le dit saint Jean, « les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. » Cependant, ce sont les apparitions de Jésus ressuscité qui vont leur permettre de donner un contenu à cette foi naissante. Jésus ne leur apparaissant pas alors comme un cadavre réanimé, mais dans un corps transfiguré et désormais affranchi de toute corruption. Jésus est vivant pour toujours.
La Bonne Nouvelle, ce n’est pas seulement que Jésus soit ressuscité d’entre les morts. Mais que sa résurrection nous concerne tous, car il est devenu, par ce fait même, notre Sauveur et le Sauveur de l’humanité. Et cela parce que Jésus n’est pas un homme comme les autres, il est vraiment le Fils de Dieu.
Comme le dit saint Paul dans la deuxième lecture : « Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire. » Autrement dit, si nous croyons en lui et si nous sommes ses disciples et même ses amis, nous le serons pour toujours, même au-delà de notre mort. Cette espérance chrétienne s’exprime et se réalise déjà concrètement dans le sacrement du baptême.
Enfin, saint Paul ne dit pas que le baptême nous fait entrer dans la vie éternelle avec le Christ d’une façon automatique. Il nous demande aussi un engagement : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, [par le baptême donc] recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. »
Ces « réalités d’en haut », ce sont la tendresse, la compassion, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience, c’est-à-dire « l’amour, qui est le lien le plus parfait. » (Col 3, 12-14)
Nous voyons bien que cela est à l’opposé des réalités de la terre qui conduisent à toutes les formes de violences qui marquent tellement notre société et notre monde actuellement. C’est pourquoi le dialogue et même l’amitié que nous essayons d’entretenir avec les hommes et les femmes, croyants ou non, sont si importants pour contribuer là où nous sommes à faire grandir la paix.
Nous le manifestons de façon plus marquée cette année avec nos frères juifs, en raison de la coïncidence de dates avec la fête de Pessah et cette exposition sur la déclaration conciliaire Nostra Aetate qui a marqué une étape si importante dans ce dialogue.
Frères et sœurs, en cette fête de Pâques, que le Seigneur fasse grandir en nous la foi en la Résurrection. Que nous devenions pour nos frères des témoins de son amour et qu’Il nous remplisse de la joie de l’Espérance. Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon