Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  8 février 2026 — 5e dimanche du Temps Ordinaire – Année A – Dimanche de la Santé – Église Saint-Tugdual – (Combrit) (29)

8 février 2026 — 5e dimanche du Temps Ordinaire – Année A – Dimanche de la Santé – Église Saint-Tugdual – (Combrit) (29)

Is 58, 7-10 ; Ps 111 (112) ; Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16

Frères et sœurs,

À la Pentecôte 2025, lors de la promulgation des orientations diocésaines, nous avons vécu une belle fête. À cette occasion, nous avions choisi comme symbole un phare, celui de la pointe Saint-Mathieu. Ce n’était pas celui d’Eckmühl, mais ce phare était déjà très significatif. Ce symbole nous parle particulièrement dans le Finistère, car nous savons qu’il s’agit d’une lumière. Non pas n’importe quelle lumière, mais une lumière qui guide et qui sauve. Des personnes prises dans la tempête, dans la nuit, ayant perdu leurs repères et se trouvant en grand danger, peuvent être sauvées par cette lumière.

Nous faisons aisément le lien avec notre propre existence. Nous connaissons, nous aussi, des périodes de tempête, des moments de nuit, des instants où nos repères vacillent. La lumière du Christ vient alors nous sauver et nous guider dans notre vie. C’est pourquoi nous avons choisi comme vision pour le diocèse, pour les cinq années à venir : « Accueillons la lumière du Christ et rayonnons. »

Dans l’Évangile, nous avons entendu le passage sur le sel et la lumière, cette lumière que nous devons placer sur le lampadaire. Il ne s’agit pas d’une lumière personnelle, du rayonnement de notre propre vie, mais d’abord de la lumière du Christ que nous sommes appelés à faire rayonner. Parce qu’elle vient du Seigneur, nous pouvons, à notre tour, éclairer ceux qui sont dans la maison, leur permettre d’être guidés. Jésus nous confie la charge de faire briller sa lumière en ce monde, là où nous vivons. L’image du sel et de la lumière montre qu’il ne s’agit pas d’une option : c’est un devoir pour chaque baptisé de faire rayonner la lumière du Christ.

Comment cette lumière se manifeste-t-elle concrètement ? Dans le livre d’Isaïe, en première lecture, le prophète nous parle de la charité dans toutes ses dimensions : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi le pauvre sans abri ; si tu vois un homme nu, couvre-le ». Il poursuit : « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore ». Il ajoute encore : « Tes forces reviendront rapidement ». Vivre la charité redonne vigueur. La lumière ne jaillit pas seulement pour les autres, elle jaillit aussi pour nous-mêmes. Jésus le dit : « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Cf Ac 20, 35). Nous en faisons l’expérience. 

Ce message mérite d’être reçu aujourd’hui, dans un contexte où la mentalité ambiante pousse souvent chacun à se concentrer sur ses propres difficultés et son bien-être, parfois au détriment du bien commun. Accueillons la lumière du Christ et rayonnons par la charité.

Quels sont les fruits de cette lumière de la charité ? Le prophète Isaïe affirme encore : « Devant toi marchera la justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche ». La justice consiste à être ajusté à la volonté de Dieu. Devenir saint, c’est devenir juste. Le Seigneur nous rend justes. Saint Pierre écrit : « La charité couvre une multitude de péchés » (1 P 4, 8). La charité transforme profondément l’existence. Quant à cette parole : « la gloire du Seigneur fermera la marche », elle signifie que la fécondité de notre témoignage vient du Seigneur. C’est lui qui agit dans le cœur des personnes que nous rencontrons et dans le nôtre. La fécondité vient de lui ; il permet que notre témoignage porte du fruit.

Un autre aspect concrétise cette lumière : la proclamation de l’Évangile. Dans la deuxième lecture, saint Paul évoque cette annonce. Il précise qu’il ne s’agit pas d’une parole de sagesse humaine. Nos bibliothèques contiennent de nombreux ouvrages édifiants, capables de nous toucher, mais ici il s’agit de l’Esprit et de sa puissance qui se manifestent à travers la Parole. En lisant les lettres des catéchumènes adultes, j’ai été frappé de constater à quel point la Parole de Dieu peut être à l’origine d’une conversion profonde. Elle touche le cœur. La puissance de Dieu se manifeste ainsi. Le phare peut être compris comme une lumière qui guide : l’Évangile, par la force de l’Esprit Saint, nous aide à orienter notre vie vers le bien, afin que le bateau de notre existence prenne la direction du port, qui est la vie éternelle où le Seigneur nous attend.

Dans la vie du disciple de Jésus, ces deux aspects sont complémentaires : la lumière de la charité et la lumière de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Il convient de vérifier que notre témoignage comporte bien ces deux dimensions concrètes. Nous ne pouvons pas avoir la lumière de la charité sans la lumière de l’Évangile ; il manquerait l’essentiel. Nous ne pouvons pas non plus avoir la lumière de l’Évangile sans la lumière de la charité, ce serait un contre-témoignage. C’est à cette condition que notre lumière ne sera pas cachée sous le boisseau, mais qu’elle brillera sur le lampadaire devant les hommes. Jésus ajoute : « En voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux ». Ils ne rendront pas gloire à nous-mêmes, mais à notre Père qui est aux cieux. Ils comprendront que cela vient du Seigneur et que notre témoignage révèle sa lumière. 

En ce dimanche de la Santé, je souhaite souligner ce que cela signifie dans le cadre de l’aumônerie de la santé, dans les hôpitaux, dans le Service Évangélique auprès des Malades, à domicile ou dans les EHPADs. La lumière de la charité se manifeste par les visites, l’accompagnement, une proximité faite d’écoute et d’apaisement. Lorsqu’une personne est envoyée par l’Église, il ne s’agit pas d’une simple présence humaine : c’est l’Église qui se rend proche, c’est le Christ lui-même qui se fait proche. Nous savons combien la visite auprès d’une personne hospitalisée ou résidant en EHPAD constitue un soutien vital.

Pour les personnes en fin de vie, notamment dans les soins palliatifs, cet accompagnement est essentiel. Il devient lumière qui sauve lorsque nous apportons aussi la lumière de l’Évangile. Nous pouvons alors être témoins de véritables conversions. Le Seigneur « ferme la marche » : il permet à la personne de retrouver le lien qui sauve avec le Christ, et parfois aussi avec des proches avec lesquels une réconciliation devient possible. Cette conversion trouve son accomplissement dans le sacrement de pénitence et de réconciliation, le sacrement du pardon : c’est une lumière qui sauve. Le Seigneur se manifeste également dans le sacrement des malades, donné non seulement en fin de vie, mais aussi à des personnes éprouvées par la maladie. Là encore, il « ferme la marche » : il agit par nous, apportant soutien, force et proximité. Cette lumière rassure, car elle fait grandir le malade dans la foi et l’espérance.

En ce mois décisif où une loi risque de mettre en péril le temps si important de l’accompagnement des personnes en fin de vie, il est nécessaire de rappeler combien la lumière du Christ peut transformer une existence de manière salutaire, même lorsque la personne n’en espère plus rien et envisage la mort comme apaisement à ses souffrances. Nous proposons un chemin de vie, une lumière qui éclaire non seulement la personne, mais aussi les membres de sa famille, ses amis et le corps médical, jusque dans les derniers instants.

Frères et sœurs, en conclusion je dirai que Jésus nous confie à tous la mission d’être lumière, par la lumière de la charité et par la lumière de l’annonce de l’Évangile. Dans un monde et une société qui regardent trop souvent du côté de la mort, le Seigneur nous dit par la bouche d’Isaïe : « Ta lumière se lèvera dans les ténèbres, et ton obscurité sera comme le midi ». Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon