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Fête de l’Épiphanie – 3 janvier 2021

Quand Dieu se manifeste aux hommes, c’est souvent de manière inattendue, à l’envers de leurs attentes. En saint Luc, les bergers furent les premiers à se présenter devant Jésus nouveau-né. Des gens pauvres et vivant à l’écart, au contact permanent avec les animaux et donc impurs aux yeux de la religion. Ils avaient fait confiance au message inattendu venu du ciel par la voix d’un ange et s’étaient présentés les mains vides, ayant seulement à offrir au nouveau-né dans sa mangeoire, ainsi qu’à Marie et Joseph, leur joie, leur foi et leur présence. Mais est-il plus beau cadeau à offrir à ceux qu’on aime en vérité, qu’une présence débordante de joie et de bienveillance ? Et puis, quelle heureuse surprise pour ces bergers marginaux d’entendre un ange leur annoncer à eux les premiers, la naissance du Messie attendu par tout Israël depuis si longtemps, et surtout de découvrir qu’il se présentait comme étant de leur monde, comme « un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire ».

Israël attendait un Messie triomphant par qui, pensait-on, Dieu allait accomplir en faveur de son peuple comme une revanche guerrière et politique. En Jésus le nouveau-né de Bethléem, la revanche de Dieu fut spirituelle mais combien réaliste aussi. Le prophète Isaïe l’avait annoncé. L’épreuve qu’Israël venait de traverser devait lui révéler sa vraie vocation, celle d’être une lumière pour toutes les nations que recouvrent les ténèbres et qui ne connaissaient pas encore le Seigneur de l’univers, le Dieu de la paix et de la justice. Ce furent les peuples païens chez lesquels ils avaient connu l’exil et la servitude, qui se déplacèrent et s’en vinrent vers Jérusalem. Ce furent les peuples païens qui reconnurent dans le nouveau-né de Bethléem le nouveau roi des juifs, qui serait aussi le roi de toutes les nations de la terre. En ces temps qui sont les nôtres, quelle souffrance de voir une nation s’approprier comme capitale Jérusalem, à l’exclusion des peuples voisins et de tous les peuples de la terre. D’entendre trahir le message d’Isaïe par ceux qui prétendent être leurs héritiers !

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière,
et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ;
mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ;
tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera.
Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront,
des dromadaires de Madiane et d’Épha.
Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens
et proclamant les louanges du Seigneur.

Saint Matthieu s’inspire de la prophétie d’Isaïe, et annonce dans un beau récit sa réalisation.

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand.
Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?
Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.
Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël,
pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie.
Ils lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ;
car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret
pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;
puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :
« Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.
Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi
pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent.
Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ;
elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;
et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui.
Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents :
de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,
ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

De leur temps, dans leur pays et leur culture, ces mages étaient considérés comme des savants, des magiciens. Ils pratiquaient la divination, la médecine, l’astrologie et l’interprétation des songes. Ils avaient tout pour être honnis des Israélites, adorateurs du Dieu unique, celui de l’Alliance, qui leur avait donné la Loi et parlé par les prophètes.

Matthieu parle d’eux dès le commencement de son Évangile, aussitôt après l’annonce à Joseph de la naissance de Jésus. Ce n’est pas un hasard qu’il indique ainsi, que les premiers à se présenter à Jésus nouveau-né furent des païens, et de surcroît, des mages. En effet, en sa communauté se côtoyaient des païens convertis au Christ, mais aussi des juifs qui ne voyaient pas tous d’un bon œil l’ouverture de leurs communautés à des païens aux croyances douteuses et aux coutumes peu compatibles avec ce que prescrivait la Loi.

Comme les bergers, les mages, eux aussi, avaient fait confiance à un message venu du ciel, non par la voix d’un ange mais par l’apparition d’une étoile annonçant la naissance d’un roi. Déjà, pour la naissance d’Alexandre et de César, on prétendait qu’une étoile était apparue, et même dans le livre des Nombres (24,17) il était écrit que « de Jacob monterait une étoile », annonçant la naissance de David ou du Messie. Après leur malencontreuse rencontre avec Hérode, ce roi odieux et cruel, jaloux de son pouvoir – au point de faire exécuter certains de ses fils -, rencontre qui ne pouvait que les désorienter, quelle bonne surprise pour ces mages, de retrouver leur étoile perdue ! Quelle plus déroutante surprise encore d’avoir été conduits par elle, non pas dans un palais mais dans une banale maison de Bethléem, et de n’y trouver qu’un enfant et sa mère.

Tombant à genoux, ils se prosternèrent devant l’enfant. Fidèles à leurs coutumes, les mages sortirent de leurs coffrets des présents symboliques. L’or a-t-on dit, symbolisait la royauté, l’éclat, le rayonnement de la divinité. Le parfum de l’encens montant vers le ciel, évoquait le désir et le goût de l’infini. La myrrhe était une plante médicinale qui soignait les blessures, de la vie, du corps et du cœur. L’offrande de ces présents exprimaient leurs valeurs et signifiaient en quelque sorte leur allégeance. Elle exprimait aussi de manière étonnante leur foi : eux, des savants, venus de loin reconnaissent en ce nouveau-né non seulement le Roi-Messie d’Israël, mais aussi leur propre roi : « tombant à genoux, ils se prosternent devant lui ».

Ils regagnèrent leur pays par un autre chemin, écrit l’évangéliste. Une conclusion qu’il présente comme une clé pour comprendre le message de son récit. Comme saint Luc, saint Matthieu invite le lecteur à se laisser surprendre et dérouter par les chemins de Dieu qui ne sont pas ceux des hommes. Il l’invite aussi à se laisser guider par l’étoile qui ne conduit pas les chercheurs de Dieu vers les « stars », les sages, les savants et les rois de ce monde, mais vers les tout-petits (Mt 11,25). Désormais les messages de Dieu ne viendront plus des anges ou des étoiles du ciel, mais de Jésus, le nouveau-né de Bethléem, le charpentier de Nazareth, le Messie inaugurant la venue du Royaume de Dieu au milieu de toutes les nations, le Fils du Père crucifié sur le Calvaire et le ressuscité vainqueur de la mort.

Dès le commencement de son Évangile, Matthieu annonce la venue d’un Messie déroutant, qui prend le visage d’un enfant né dans un contexte marginal. Tout au long de son Évangile, il va fustiger les gens de pouvoir et de savoir en Israël qui refuseront de reconnaître en Jésus le Messie, qui signeront sa mort et railleront le « roi des juifs » qu’ils feront crucifier sur le Calvaire. Il va, en revanche, glorifier les païens, les pauvres et les petits, les exclus, qui reconnaîtront en Jésus, Dieu, l’Emmanuel venant lui-même venant visiter et sauver son peuple. Il va aussi multiplier les récits d’Épiphanie, qui rapportent le souci de Jésus d’annoncer qu’il ne vient pas seulement pour les gens d’Israël, mais pour tous les peuples. Matthieu montre le Christ accueillant déjà dans la maison de Bethléem, l’avant-garde des peuples païens, et pour conclure son Évangile, il le montrera donnant à ses disciples un ordre décisif : « De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28, 19).

Ce que saint Paul écrit aux Éphésiens est en plein accord avec le message de Matthieu et exprime au mieux le sens de l’Épiphanie du Seigneur. Voici son message :

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées,
comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage,
au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Évangile : selon saint Matthieu – Mt 2, 1-12

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