Nichée dans un enclos arboré, la chapelle date autant du XV°que du XVI° siècle. Riche de son architecture singulière, elle raconte une histoire captivante de foi, d’appropriation communautaire et d’innovation artistique à travers les siècles.
Elle est classée aux Monuments Historiques depuis 1939.
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La vie de Saint Jaoua
Plusieurs versions de la vie de Saint Jaoua nous renseignent sur celui que la piété populaire a sanctifié, bien avant sa tardive reconnaissance par l’Église. Sa vie ou « vita » a sans doute été à l’origine transmise par oral avant d’être écrite, et plus tard enjolivée et réadaptée.
Les premières mentions à saint Jaoua sont imputables à Wrmonoc, moine de Landévennec, qui écrivit vers 883 une vie de saint Pol Aurélien.
Selon lui, venant avec d’autres compagnons du Pays de Galles, Pol et son neveu Jaoua débarquèrent sur l’île d’Ouessant puis à Ploudalmézeau. Longtemps après, Pol, devenu évêque de Léon et très âgé, l’appela pour lui succéder sur le trône épiscopal.
Dans sa Vie des Saincts de la Bretagne Armorique, en 1635, le dominicain Albert Le Grand donne de la vie de saint Jaoua une version divergente de celle de Wrmonoc, qui semble avoir été confusément entremêlée d’épisodes issus de vitas d’autres saints.
Jaoua, en tentant de rejoindre son oncle Pol et quatorze compagnons parvenus en Armorique, aurait essuyé une tempête qui l’aurait dérouté jusqu’au Faou. Là, il aurait rencontré l’abbé de Landévennec qui l’aurait envoyé évangéliser les habitants de Brasparts à la grande colère du seigneur du Faou ; ce dernier aurait assassiné l’abbé et un moine. En punition de ce forfait, la contrée du Faou aurait été terrorisée par une bête monstrueuse que Jaoua, avec le concours de son oncle, parvint à dompter et qui entraîna la conversion et le baptême du seigneur du Faou.
En expiation du double meurtre, Jaoua aurait reçu de Pol la mission de fonder à Daoulas un monastère dont il serait devenu le premier abbé. Peu après, il aurait rejoint son mentor, l’assistant puis lui succédant comme deuxième évêque de Léon. Lors d’une famine dans le pays du Faou, Jaoua serait revenu sur place et par ses prières aurait obtenu la fin du fléau. Enfin, épuisé, alors qu’il rentrait par Brasparts, il y serait mort le 2 mars 554. Son corps, déposé sur un chariot mortuaire traîné par des bœufs, serait parvenu jusqu’à Plouvien, lieu de son inhumation.
Allégories liées à la vie de Saint Jaoua
Le boeuf sauvage de Jaoua
Jaoua, que tous appelaient « l’ermite » parce qu’il aimait vivre en solitaire, trouva une source très limpide avec du sable très blanc, environnée de bois très épais… Il commença à habiter dans la toute petite cabane qu’il avait construite. Mais un boeuf sauvage avait l’habitude de venir tous les jours boire à la source et il démolissait la cabane de Jaoua qui la reconstruisait à nouveau. Plusieurs fois, l’animal revint et démolit ce qui avait été refait. Le troisième et le quatrième jour, il agit de même.
Jaoua en appela alors à son maître et oncle, Pol Aurélien, Celui-ci arriva sur les lieux, remarqua la beauté de l’emplacement et dit à son neveu : « Jaoua, si tu le veux bien, ce lieu sera à moi et le mien sera à toi ».
A ce moment, la bête sauvage arriva selon son habitude. Apercevant Pol debout devant l’entrée de la cabane remise de nouveau en état, elle avança toute tremblante et effrayée. Elle se prosterna trois fois aux pieds de Pol, la tête baissée, les genoux fléchis comme pour demander pardon. Pol lui dit : « Je te pardonne, va en paix mais ne reviens plus jamais ici ». Elle baissa de nouveau la tête comme pour dire adieu, s’en alla et plus jamais on ne la revit.
Pors ar Strak (Pors ar Groas)
A sa mort, selon le désir qu’il aurait exprimé, le corps de Jaoua fut mis sur un chariot traîné par deux boeufs que l’on laissa aller à l’aventure, là où ils voulaient.
A Plouvien, on raconte que ceux-ci vinrent jusqu’au lieu-dit Pors ar Strak (La cour du craquement), aujourd’hui appelé Pors ar Groas (La cour de la croix). Le chariot qui portait la dépouille mortelle de Jaoua craqua ; mais les bêtes continuèrent pendant 500 mètres jusqu’à un endroit où il se brisa complètement. On y ensevelit Jaoua et on y bâtit une chapelle (emplacement actuel de la chapelle qui serait aussi l’emplacement du premier ermitage de Jaoua à Plouvien).
L’historique de la chapelle
Les recherches les plus récentes (P.-F. Broucke, 2023) font entrevoir lune nouvelle hypothèse.
Prenant la suite d’un édifice antérieur dont ne subsiste qu’un sarcophage du haut Moyen Âge ayant servi de première sépulture à saint Jaoua, la chapelle résulte d’au moins deux campagnes de construction.
La première phase, datable de la décennie 1410 et vraisemblablement achevée par l’installation du gisant vers 1420-25, vit l’adoption d’un plan à nef unique, séparée par un arc triomphal coiffé d’un clocher-mur, d’un chœur à double arcade ouvrant sur deux chapelles formant faux-transept, le tout terminé par un chevet plat continu.
Au XVIe siècle, on reprit largement le flanc sud depuis l’ossuaire jusqu’à l’angle du pignon de la chapelle. Un porche fut ajouté, on agrandit la première arcade du chœur au sud et on ménagea un passage en communication directe depuis la nef vers le tombeau, point d’orgue de ces travaux. L’ensemble pouvait être achevé vers 1567, millésime porté sur la charpente du porche.
Peut-être vers le même moment, on reconstruisit le chevet, en le dotant d’une vaste sacristie et en réemployant quelques éléments antérieurs.
L’extérieur
Tous les éléments constitutifs d’un enclos paroissial breton sont ici présents :
– Un mur de clôture qui sépare l’espace profane de l’espace sacré,
– L’entrée principale : les quatre piliers enserrent deux « échaliers », jadis destinés à protéger de l’intrusion des animaux. Habituellement fermée, on l’ouvrait autrefois à l’occasion de cortèges solennels (mariages, obsèques …)
– Les calvaires,
– L’ossuaire accroché au bas-côté sud de la nef est un ossuaire d’attache ; il compte huit
arcades trilobées,
– Le clocher, de type « clocher-mur », est édifié sur l’arc triomphal séparant la nef du
transept,
– le porche où l’on peut voir les quatre Evangélistes avec leurs attributs et une date : 1567.
L’intérieur
– Les peintures murales dans le bras nord : plusieurs scènes indéchiffrables, des croix de consécration, les vestiges d’un arbre généalogique aux armes de Jean de Bergoët et Aliette de Penmarc’h en 1502.
– Quelques statues de belle facture, des XVe et XVIe siècles, dont un saint Michel
terrassant le dragon et un saint Jaoua en évêque.
– L’oculus donnant sur le porche, en forme de soufflet, est un dispositif peu courant permettant à ceux qui ne pouvaient entrer de suivre les offices.
– La poutre de gloire est un entrait sculpté polychrome dans le transept sud.
– Les sablières du transept sud, sculptées des armes des Bergoët, sieurs de Keraliou.
Eléments remarquables
La fontaine monumentale
Elle fait partie des spécificités du site : elle date du XVIIe siècle. Elle est très proche de celle de Gouesnou (fin XVIe siècle) et de nombreuses fontaines de l’évêché de Saint-Pol-de-Léon.
Le mur d’enceinte où trône une statue de saint Jaoua abrite un bassin autour duquel une banquette permet de s’asseoir pour prier ou bavarder.
Le gisant
Le gisant de saint Jaoua, sculpté dans la pierre de Kersanton, est la pièce maîtresse de l’intérieur de la chapelle. Il a été réalisé au début du XVe siècle par les ateliers du Folgoët.
Cette oeuvre est très proche du gisant de saint Ronan à Locronan, vraisemblablement du même auteur.
Les vitraux
Ils sont conçus en 2016 par Udo et Pascale Zembok, de Menton, et réalisés par thermoformage aux Ateliers Loire près de Chartres, selon un parti résolument contemporain. « Invitant le spectateur au calme intérieur, la méditation, la contemplation, le projet met en valeur les dentelles de pierre et les formes des verrières. Il se met au service de la mémoire de l’édifice et de la liturgie » (Udo Zembock).
Une dalle funéraire dans la nef
Elle seraitdatable du XIVe siècle ou du tout début du XVe.Son motif central, enceint d’une arcature trilobée, pose une énigme. Serait-ce le vestige d’une sépulture antérieure de saint Jaoua ?
L’armoire de fabrique
Cette armoire servait de coffre-fort pour la « fabrique », c’est à dire pour le Conseil qui gérait les biens matériels de la communauté liée à la chapelle. On y mettait sous clé tout ce qui avait de la valeur : l’argent, les objets du culte, les vêtements sacerdotaux, les titres de propriété, les actes de fondation, les archives, les registres…
Chaque porte de l’armoire a trois serrures correspondant à trois clés différentes remises à trois personnes : le curé, un notable responsable de la fabrique, et un paroissien désigné par l’assemblée. Pour ouvrir l’armoire, il fallait donc l’accord et la présence des trois personnes ayant chacune une clé.
L’armoire date de la fin du XVIe siècle ou du début du XVIIe Siècle. Elle est en chêne massif et formée de damiers assemblés par des chevilles en bois.