« Cette formation correspond à l’une des orientations diocésaines promulguées lors de Pentecôte, a rappelé le père Jean-Yves Dirou, délégué diocésain à la formation. Et j’annonce d’ores et déjà qu’elle aura une suite. L’an prochain, nous proposerons une journée pour interroger nos pratiques et mieux vivre les rencontres. L’objectif aujourd’hui est de prendre conscience des situations qui peuvent nous interroger. »
La matinée a été consacrée à la découverte de l’évolution de la famille. Sylvie Chanfreau, ancienne déléguée diocésaine à la Pastorale des familles, a demandé aux personnes présentes de donner un mot qui leur faisait penser à leur famille. Mixité, éparpillement, monoparentale, PMA, séparation, recomposées… « Autant de mots qui reflètent la réalité. » Elle a tenté de donner une définition pour comprendre qu’il y a « plusieurs types de familles aujourd’hui. Il n’existe pas vraiment de définition. Une famille, ce sont des gens qui s’aiment. Il y a la famille de sang et celle de cœur. En 2022, les dictionnaires ont fait évoluer la définition de la famille. Par exemple, Larousse dit qu’une famille est un ‘Ensemble formé par les parents (ou l’un des deux) et les enfants’. Dans Gaudium et Spes, la famille est une ‘communauté profonde de vie et d’amour’. Jusqu’à la fin du 19e siècle, on parle de la famille traditionnelle. Ensuite, l’expression ‘famille contemporaine’ prend le relai. Les années 60 voient l’apparition du droit au divorce, le déclin des normes hétérosexuelles, l’accès à la contraception… Il y a moins d’enfants mais ils deviennent davantage le centre. Dans les années 90, on ne parle plus de la famille mais des familles. La parentalité rentre dans le langage commun. On entend parler de monoparentalité, d’homoparentalité, de transparentalité. »
Selon les chiffres de l’Insee, il y a 18,5 millions de familles en France, dont 254000 dans le Finistère. 79% de la population vit dans une famille, dont 56% avec des enfants. 25% des enfants ont des parents divorcés. « Cela signifie que, contrairement aux idées reçues, 75% des enfants vivent avec leurs deux parents », rassure Sylvie. 42% des Français sont mariés et dans le Finistère, 3000 mariages sont célébrés chaque année. Un nombre stable depuis 2023.
Quelques chiffres qui viennent déconstruire une réalité parfois moins positive. « Un sondage en 2025 a permis de mettre en avant que pour les jeunes adultes, la famille reste la structure de référence et pour 80% d’entre eux, réussir sa famille est plus important que leur carrière. »
Sylvie Chanfreau a ensuite pointé du doigt les rencontres de Jésus avec les familles dans la Bible. De la Sainte famille à son amitié avec Lazare, Marthe et Marie… Jésus n’a de cesse d’aller à la rencontre de toutes les familles. « Quand il envoie les Douze, il leur recommande de l’imiter, d’aller comme lui à la rencontre des familles sans aucun préjugé.
L’ancienne déléguée à la Pastorale des familles s’est ensuite appuyée sur Amoris Laetitia, exhortation apostolique du pape François. « Dans ce texte, le pape est parti des Écritures et il rappelle l’importance de faire attention aux situations concrètes. Pour le pape jésuite, il faut observer quatre attitudes essentielles pour accueillir les familles. Il faut d’abord encourager les familles (paragraphe 7), ensuite les accueillir, être en proximité à la manière de Jésus (paragraphe 57), puis les accompagner car l’amour est le chemin (n°308) et enfin, discerner à la manière de Jésus. Le dernier chapitre d’Amoris Laetitia est entièrement consacré à accueillir, discerner et intégrer les familles pour permettre à chacune des familles de progresser sur son chemin d’amour. » Une exhortation apostolique complétée par Dilexi Te, texte du pape Léon XIV, qui rappelle que la rencontre avec le Christ a lieu en priorité avec la rencontre des pauvres (n°3). « L’engagement pour les plus pauvres n’est pas une conséquence de la foi mais la foi elle-même. »
Après un échange en petits groupes, les participants ont pu entendre trois témoignages de situations d’accueil et d’accompagnement. L’un sur la petite fraternité de migrants qui existe sur la paroisse de Brest – Sainte-Trinité, un autre sur l’équipe diocésaine Place et Parole des Pauvres et le dernier sur les groupes Cathom 29 et Devenir Un en Christ (accompagnement des personnes concernées par l’homosexualité) et Barthimée (pour les personnes concernées par la transsexualité). Un temps qui a permis d’avoir des exemples concrets pour mettre en application l’orientation diocésaine. Dans l’après-midi, David Jousset, professeur de philosophie, est intervenu sur la question des différences. « Les différences sont le foisonnement du divers, le débordement de l’étrange de notre monde, a-t-il introduit. Il y a un mystère dans l’altérité. Etymologiquement, alter signifie l’autre à qui on peut s’identifier, comme le Pharisien dans la Bible. L’alineous est l’autre dans son ‘étrangereté’, comme le Samaritain. Dans la Bible, nombreuses sont les figures qui symbolisent cette différence, comme le Gadarénien qui dit ‘mon nom est légion’ ou encore le lépreux samaritain, ou la Syro-phénicienne qui vit sur une terre où se mélangent toutes les cultures. »
Alors que veut dire accueillir la différence ? « Par exemple, lorsqu’on accueille un marginal, cela ne signifie pas qu’il faut le faire rentrer dans une case, lui demander de se changer pour être comme nous, ce n’est pas non plus lui faire une place. Accueillir, c’est accepter ce qui nous sépare. Il faut se rappeler que cette différence est forcément réciproque, avertit le professeur de philosophie. Cela signifie qu’il faut accepter ce qui peut nous séparer. Pour un bon accueil, il est important de poser le cadre de nos attentes. » Si l’accueil se veut inconditionnel, il ne peut pas avoir lieu sans conditions. « Pour aller à l’accueil d’une maison paroissiale, il y a des horaires d’ouverture, un lieu où se rendre. Ce sont les conditions. »
Accueillir, c’est se laisser transformer par la rencontre. « Il faut passer d’un accueil unilatéral à une rencontre réciproque, encourage David Jousset. Jésus ne craint pas d’aller au contact, de la violence car il reste libre. Jésus est allé au contact des différences librement. »
Pour autant, il existe deux grands biais socio-économiques. « Le brouillage des différenciations insécurise notre besoin de s’identifier en se séparant, sans pour autant s’exclure. D’autre part, l’accélération des rythmes de vie pousse à condenser les événements. Cela engendre une sur-sollicitation et donc, une multiplication des occasions de rencontre avec des inconnus. Ce sont là que les préjugés interviennent, ils font office de raccourcis économiques. » Comment travailler sur nos préjugés ? « Il faut prendre conscience que nous en avons. Suspendre son jugement car nous n’avons qu’un accès limité à la vie intérieure des personnes. Créer les conditions d’une rencontre différente. Ne pas laisser la personne être enfermée dans une catégorie. Chaque personne est en prise à un savoir de vie et de foi. »
« Nous avons besoin de confiance pour nous rencontrer. Les inégalités ne vont pas disparaître. Il faut simplement construire un espace où on reconnait le savoir de l’autre. »
Il existe des enjeux spirituels dans l’accueil. « L’inconnu est aussi le chemin de Dieu pour se révéler. L’ouverture à la différence est l’une des conditions pour le renouvellement de l’Église. Nous devons accepter que le chemin de Dieu passe par les différences, prévient David. Notre humanité souffre de ne pas arriver à ce rassemblement. »
Cette journée aura donc une suite. « Accueillir l’autre est une attitude fondamentale de la synodalité et surtout chrétienne, a conclu le père Jean-Yves Dirou, délégué diocésain à la formation. Dans la lettre de saint Paul aux Romains, il est écrit ‘Par la grâce qui m’a été accordée, je dis à chacun d’entre vous : n’ayez pas de prétentions déraisonnables, mais pensez à être raisonnables, chacun dans la mesure de la mission que Dieu lui a confiée. Prenons une comparaison : en un corps unique, nous avons plusieurs membres, qui n’ont pas tous la même fonction ; de même, nous qui sommes plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ, et membres les uns des autres, chacun pour sa part. Et selon la grâce que Dieu nous a accordée, nous avons reçu des dons qui sont différents’. (12, 3-6). Il est choquant de voir comment nous accueillons les différences encore aujourd’hui ; cela ne peut que nous interroger. Nous devons marcher ensemble et développer cet art chrétien d’être dans le rapport avec l’autre. » La prochaine journée aura pour objectif de passer du constat, du pourquoi, au comment faire, « grâce et à cause de Dieu ».