2 S 5, 1-3 ; Ps 121 (122) ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43
Frères et sœurs,
Il se trouve que nous célébrons cette messe de clôture de la visite pastorale en ce jour de la solennité du Christ, Roi de l’Univers. J’aimerais d’abord revenir sur cette expression étonnante : Christ Roi de l’Univers ! C’est grand l’Univers, c’est même très grand !
Que signifie affirmer que le Christ est Roi de l’Univers ?
Tout d’abord, qu’il y a un Royaume et que le règne du Christ sur ce royaume n’a pas de limites, pas de frontières. C’est même au-delà de nos limites humaines, physiques et mentales. Ce n’est tout simplement pas imaginable pour nous !
Quelle est donc cette royauté de Jésus ? Quand dans les Évangiles, Jésus parle du Royaume de Dieu, du Royaume des Cieux, de quoi parle-t-il ? On est toujours un peu gênés quand on nous pose la question ! Jésus affirme que sa royauté n’est pas « de ce monde » (Jn 18, 36), il dit aussi qu’il n’est pas ici ou là, mais qu’il est « au milieu de nous » et même « en nous » (cf. Lc 17, 21). Le Royaume du Christ est au milieu de nous quand nous laissons son amour miséricordieux régner dans notre cœur, dans notre intelligence, et inspirer, orienter et même soutenir nos activités quotidiennes.
Mais concrètement, comment le Christ manifeste-t-il son règne au milieu de nous ? Dans les textes de ce jour, j’ai relevé trois aspects :
Tout d’abord : Jésus règne aujourd’hui dans nos cœurs et dans nos vies. Saint Paul nous dit : « Jésus est la tête du corps, la tête de l’Église. » C’est pour cela que nous disons que l’Église est sainte, parce que le Christ est la tête. Nous savons que nous sommes des pécheurs, et que nous sommes sans cesse appelés au pardon. Cela ne signifie pas que l’Église est parfaite : elle est composée de pécheurs, car nous sommes tous pécheurs, mais des pécheurs pardonnés. Et, si nous rêvons, parfois, d’une Église composée de purs cela n’existe pas, c’est même une hérésie !
En fait, la visite pastorale que je viens de faire cette semaine a été l’occasion justement de constater à quel point son règne était déjà au milieu de nous. Je pense aux Petites Fraternités qui se réunissent en son nom pour la prière et pour partager la parole de Dieu. Je pense aussi à ceux qui préparent, et se préparent à recevoir les sacrements, qui préparent et animent les liturgies, à ceux qui assurent la catéchèse des enfants et des adultes, que ce soit dans la paroisse ou dans les établissements scolaires, à ceux qui prennent soin des personnes qui sont dans la difficulté morale ou matérielle.
L’Église ne se confond pas avec le Royaume de Dieu, mais elle est le signe et le moyen pour tous d’entrer dans le Royaume de Dieu, en particulier par l’annonce de l’Évangile et par les sacrements. Quand l’Église célèbre le baptême, la confirmation, et au sommet de tout cela le sacrement de l’Eucharistie, elle permet au Seigneur de se manifester dans la vie de chacun et de nous faire entrer ensemble dans une communion profonde avec le Christ. Notre cœur est appelé à être ainsi uni à son Sacré-Cœur comme nous allons le célébrer solennellement le 14 décembre avec le renouvellement de la consécration de notre diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. Le Royaume de Dieu, c’est être avec Jésus, être son ami et grandir en sainteté en étant toujours plus ajusté à la volonté du Père. Et cela, non pas de façon individuelle, mais en Église.
Le deuxième point que je souhaite aborder : c’est la libération du mal. Saint Paul nous dit dans la deuxième lecture « Nous arrachant au pouvoir des ténèbres, il nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé : en lui, nous avons la rédemption, le pardon des péchés. » Arrachés au mal : c’est vraiment une expression qui est très forte ! Elle signifie bien que le Royaume du Christ n’est pas compatible avec le mal, car le Royaume du Christ, c’est le Royaume du bien, de la justice, de l’amour, de la vie, du respect de l’autre, de la fraternité qui est source de paix ! Nous sommes entrés dans ce Royaume par le sacrement du baptême, qui nous arrache au pouvoir des ténèbres. Il est renouvelé par le sacrement du pardon qui continue, notre vie durant, de nous arracher à ce pouvoir maléfique. Ainsi, si nous le voulons bien, le Christ nous arrache aux ténèbres durant toute notre vie. J’ignore si nous avons conscience de ce travail du Seigneur en nous pour nous faire grandir en sainteté et nous faire entrer dans son Royaume. Il nous tend la main en s’offrant à nous dans sa Parole et dans les sacrements. À nous, bien sûr, de saisir cette main qui nous sauve en étant fidèles à recevoir les sacrements.
Enfin, le troisième point, c’est notre avenir avec le Christ au-delà de la mort que l’on trouve dans la phrase dite par l’un des malfaiteurs qui est sur la croix : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » À cette question, Jésus, qui est aussi sur la croix et qui va bientôt mourir, répond que c’est aujourd’hui qu’il va entrer dans son Royaume. La vie de Jésus est plus forte que la mort. Jésus poursuit : « Aujourd’hui, avec moi tu seras dans le Paradis. ». Ça, c’est vraiment notre foi, notre espérance, et c’est pour cela que nous sommes rassemblés ici ce matin. Cette espérance qui est au cœur de notre année jubilaire puisque le pape nous invitait à être des pèlerins d’espérance en ce monde qui en manque cruellement.
Attardons-nous un instant sur l’expression du malfaiteur : « quand tu viendras dans ton Royaume. » Que veut-il dire ? Le Royaume du Christ est déjà au milieu de nous, mais il trouvera son plein accomplissement lors de l’avènement glorieux du Christ à la fin des temps. Jésus fait souvent allusion à son retour dans la gloire, c’est donc un aspect essentiel de notre foi. Il me semble qu’en cette période difficile, que ce soit dans ou hors de l’Église (les défis climatiques, la situation économique, les guerres et les menaces qu’elles font peser sur l’humanité…), il est d’autant plus important de raviver notre foi dans l’avènement glorieux du Christ à la fin des temps, car l’espérance nous fait tenir debout et nous rend forts pour agir en ce monde.
Pour cet Avènement, Jésus ne donne pas de date, mais rappelons-nous que le Royaume du Christ n’a pas de limites, ni dans l’espace ni dans le temps. « Pour le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un seul jour. », dit saint Pierre (cf. 2 P 3, 8). Mais la création et les créatures que nous sommes ont des limites et il y aura bien une fin. Jésus est très clair là-dessus. Nous savons qu’à ce moment-là les racines du mal seront mises à nu et éradiquées. Le Christ viendra juger les vivants et les morts. Tous seront concernés, quelle que soit leur religion, leur foi ou leur incroyance et chacun devra rendre compte de la manière dont il a manifesté l’amour du Christ en ce monde. Son règne de justice et d’amour sera alors établi définitivement. C’est notre espérance et elle doit guider au quotidien tous nos choix de vie. Qu’elle soit toujours comme un phare pour nous guider dans nos ténèbres, et parfois dans nos tempêtes. Amen.
+ Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon