Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  21 décembre 2025 — 4e dimanche de l’Avent – A – Maison de retraite Thérèse Rondeau (Kernisy) (Quimper) (29)

21 décembre 2025 — 4e dimanche de l’Avent – A – Maison de retraite Thérèse Rondeau (Kernisy) (Quimper) (29)

Is 7, 10-16 ; Ps 23 (24) ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Frères et sœurs,

Dans l’évangile selon saint Luc, nous trouvons l’annonciation faite à Marie. Dans l’évangile selon saint Matthieu, nous trouvons la révélation faite à Joseph, mais on n’a pas dans les Évangiles l’entretien qu’il a pu y avoir entre Joseph et Marie au moment où elle a annoncé à Joseph qu’elle était enceinte et qu’elle lui a expliqué sans doute comment c’était passée cette annonciation. En tous les cas, on ne l’a pas dans les Évangiles, en revanche, dans le passage que nous venons d’entendre, nous lisons que Joseph n’a pas cru à la parole de Marie puisqu’il veut la répudier. Et en fait, Joseph ne pouvait pas comprendre ce que Marie lui a dit, parce que, à l’époque, on ne pouvait pas imaginer que le Messie allait venir de cette façon-là. Il n’y avait pas du tout cette conception de la venue du Messie. Joseph ne pouvait donc pas comprendre, et c’est pour cela qu’il a fallu que lui aussi ait une révélation afin que le Seigneur lui fasse comprendre qui était vraiment cet enfant que Marie attendait et la responsabilité qu’il avait à son égard. 

En fait, on se rend compte que, dans l’histoire du Salut, Dieu intervient toujours de façon inattendue. On le voit en particulier dans cette naissance du Christ que nous allons célébrer à Noël. Le Messie devait être de la descendance royale de David. On pouvait donc imaginer qu’il devait naître dans des conditions royales. Eh bien pas du tout. Marie n’est même pas accueillie dans une auberge, Jésus va naître dans une étable et couché dans une mangeoire pour les animaux. Donc dans une précarité totale. 

On s’attendait à ce que le Messie soit vraiment d’une famille de Judée et il va naître dans une famille de Nazareth. « Que peut-il sortir de bon de Nazareth », disait Nathanaël (cf. Jn 1, 46). 

On l’attendait comme le roi Messie qui allait prendre le pouvoir à Jérusalem. Eh bien, pas du tout. Après être monté à Jérusalem de façon royale, il est arrêté et il meurt sur la croix. 

On s’attendait à ce que la résurrection de Jésus ait lieu comme tout le monde à la fin des temps. Eh bien pas du tout. Au 3e jour, il ressuscite. 

Après sa résurrection, les premiers disciples lui ont demandé s’il allait enfin établir son règne (cf. Ac 1, 6). Cela paraissait logique puisqu’il avait surmonté la mort, plus rien ne pourrait lui résister ! Pas du tout. Jésus s’élève dans les Cieux et on leur annonce qu’ils vont recevoir le don de l’Esprit Saint. Ainsi, avec cette force venue d’en haut, ce sont eux qui vont être envoyés dans le monde pour annoncer la Bonne Nouvelle et faire grandir le règne de Dieu. Ce n’est pas du tout ce qu’ils attendaient ! 

Enfin après la Pentecôte, ils s’attendaient à ce que le retour du Christ soit imminent. Eh bien pas du tout. Cela fait maintenant 2000 ans et saint Pierre, dans sa 2e lettre doit les inviter à la patience, car le Seigneur attend que tous aient le temps de se convertir. 

Maintenant, nous attendons l’avènement du Christ à la fin des temps, et nous l’espérons évidemment de tout notre cœur. Eh bien, il arrivera forcément de façon totalement inattendue. Il sera inattendu, autant dans sa forme que dans son échéance. Jésus nous avait prévenus que son retour dans la gloire serait inattendu. 

Cette intervention de Dieu dans la vie des hommes de façon inattendue nous concerne aussi. Faisons mémoire de la façon avec laquelle le Seigneur est intervenu dans notre propre vie. C’est toujours de façon inattendue. Nous avons tous dans notre vie des moments forts qui ont été déterminants pour que nous soyons aujourd’hui chrétiens. Ce que nous pouvons appeler une conversion personnelle. Une expérience spirituelle que l’on n’attendait pas justement, et qui vient bouleverser notre vie. Je lis régulièrement de nombreux témoignages dans les lettres que les catéchumènes m’écrivent pour me demander le baptême. Le Seigneur est toujours intervenu de façon inattendue dans leur vie. Et puisque nous parlons de catéchumènes, le Seigneur intervient de façon inattendue dans l’Église. Il y a cinq ans, je n’aurais jamais imaginé qu’à Pâque prochain, je baptiserai plus de 30 adultes à la Cathédrale alors qu’on y baptisait quatre ou cinq adultes habituellement. Oui, cela aussi est inattendu et c’est dans toute la France que le Seigneur intervient dans le cœur de ces adultes qui demandent le baptême ou la confirmation. 

Alors, à quelques jours de Noël, comment nous préparer à accueillir l’inattendu de Dieu ? Car soyons sûrs que le Seigneur continue d’intervenir dans nos vies. Fêter Noël, ce n’est pas seulement faire mémoire de ce qui s’est passé au moment de sa naissance, c’est vraiment l’accueillir de nouveau dans notre vie. Pour nous préparer, saint Paul nous dit : « Rejetons les œuvres des ténèbres. Revêtons-nous des armes de la lumière » (Rm 13, 12). Il y a ces deux aspects. D’une part, on ne peut pas accueillir le Seigneur si on fait le mal. On ne peut pas accueillir le Seigneur si on manque d’amour. C’est donc un appel à demander pardon, à se demander pardon mutuellement, à se réconcilier y compris en famille. C’est indispensable pour être capable d’accueillir l’inattendu de Dieu dans notre vie. Et puis les armes de la lumière, c’est la foi, l’espérance et la charité. Un appel à ouvrir notre cœur au Christ, à mettre en lui notre foi. Il y a quelques jours, j’ai consacré le diocèse au Sacré-Cœur de Jésus. Ce n’est pas un geste magique, c’est pour nous encourager tous à nous consacrer au Cœur de Jésus à renouveler notre foi en lui. Que ces quelques jours qui précèdent Noël nous donnent l’occasion de préparer notre cœur pour accueillir le Seigneur Jésus. Il est la source de notre joie et de notre espérance. Amen.

+ Laurent DOGNIN

Évêque de Quimper et Léon