Si 3, 2-6. 12-14 ; Ps 127 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15. 19-23
Frères et sœurs,
Comment la Sainte Famille peut-elle être un exemple pour nos familles d’aujourd’hui ? Elle est tellement particulière !
Pourtant, c’est ce que nous lisons dans l’oraison d’ouverture de cette messe où la Sainte Famille nous est « donnée en exemple » et où nous demandons au Seigneur « de pratiquer comme elle les vertus familiales. »
En fait, on connaît très peu la vie concrète de la Sainte Famille à Nazareth, car les évangélistes ne s’y attardent pas. Ils n’en parlent que pour nous faire découvrir qui est vraiment Jésus. Nous avons l’épisode de l’Évangile de ce jour où l’on entend que Joseph est à l’écoute du Seigneur et qu’il fait la volonté du Père afin de protéger son épouse et Jésus de tous les dangers. Deux vertus déjà imitables de fait !
On les voit un peu plus tard lorsque Marie et Joseph emmènent Jésus, âgé de 12 ans, en pèlerinage à Jérusalem. Reflet de l’éducation religieuse qu’il a pu recevoir. Et on imagine qu’ils ont aussi témoigné devant leur enfant d’une vie nourrie par la prière et la méditation des Écritures. Deux vertus très importantes dans le contexte actuel et qui nous sont effectivement données comme un exemple à suivre.
Dans la deuxième lecture, saint Paul développe ces vertus, même s’il s’adresse ici à tous les baptisés. Nous pouvons l’entendre aussi pour les couples et leur famille. Il y a d’abord cette belle expression : « Puisque vous avez été choisis par Dieu, dit saint Paul, que vous êtes sanctifiés, aimés par lui… » Le mariage apparaît ici comme une véritable vocation, c’est d’ailleurs ce que le pape François indiquait dans son exhortation apostolique Amoris Laetitia (n° 72) où il parlait même de la nécessité d’un discernement vocationnel pour s’engager dans le mariage, comme le discernement vocationnel que l’on fait pour les vocations sacerdotales et religieuses. Puis dans la suite du texte, saint Paul cite des vertus humaines que sont « la tendresse, la compassion, la bonté, l’humilité, la douceur, la patience. »
Des vertus qui sont vraiment à développer dans un monde où il y a tant de violences, tant de précipitation. Tout cela manque parfois malheureusement aussi dans les familles, car chacun a son caractère, ses limites, ses faiblesses et son péché ! Saint Paul en est bien conscient puisqu’il nous invite à nous « supporter les uns les autres » et à « nous pardonner si nous avons des reproches à nous faire. » Et si nous avons du mal à pardonner, comme saint Paul le sous-entend, il nous rappelle que Jésus nous a pardonné et que nous devons faire de même !
Vient ensuite dans le texte de saint Paul une dimension plus spirituelle qui est propre à notre foi chrétienne. Et je cite saint Paul : « Que dans vos cœurs règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés, vous qui formez un seul corps » et un peu plus loin « que la parole de Christ habite en vous dans toute sa richesse. » Ces vertus-là, qui sont celles de tous les baptisés, le sont de façon particulière dans le sacrement de mariage.
Nous vivons dans un contexte sociétal où beaucoup de jeunes couples, y compris des catholiques, ne se marient pas à l’Église, voire ne se marient pas du tout. Leurs parents chrétiens peuvent les encourager à recevoir ce sacrement, mais c’est en fait très délicat de les pousser à se marier, y compris à l’Église, car en cas d’échec, ils porteraient une part de responsabilité. En revanche, ils peuvent témoigner de leur foi, en leur disant que le Seigneur n’est pas indifférent à leur amour, bien au contraire. Et qu’il veut les soutenir dans leur vocation conjugale par le sacrement du mariage. Et je rappelle qu’un sacrement accomplit réellement ce qu’il signifie. Dieu agit vraiment dans la vie des personnes. À condition bien sûr qu’ils prennent les moyens de faire fructifier ce sacrement par l’écoute de la Parole de Dieu, la prière, les pèlerinages, les équipes de couples et toute une vie ecclésiale qui est un soutien pour les couples.
Chaque année, je prêche une récollection d’une journée pour les catéchumènes adultes dans l’abbaye de Landévennec (elle est située dans la presqu’île de Crozon, dans mon diocèse). La plupart n’étaient pas mariés à l’Église ce qui est compréhensible puisqu’ils ne sont pas baptisés. À la fin de la récollection, je leur lis une des bénédictions nuptiales qui exprime de façon très belle les grâces dont le Seigneur comble les nouveaux mariés. Et je fais toujours le lien entre le baptême qu’ils se préparent à recevoir, et le sacrement de mariage. Je le rappelle aussi lors de la récollection des confirmands adultes, qui sont souvent des recommençants et qui redécouvrent la foi chrétienne et la richesse des sacrements.
Le pape François disait dans Amoris Laetitia (n° 89) : « La grâce du sacrement du mariage est destinée avant tout à perfectionner l’amour des conjoints. » Et là, il cite le Catéchisme de l’Église catholique. Bien sûr, recevoir ce sacrement n’est pas une assurance tout risque qui protégerait le couple de tout échec. D’où l’importance, pour éviter cela, du pardon mutuel que demande le Seigneur et qui est bien souvent négligé dans les familles.
Dans une société qui met le couple et la famille à dure épreuve, il est nécessaire que les couples chrétiens et leur famille contribuent à faire en sorte que l’Église soit l’âme de la société. C’est une belle expression qu’utilise l’auteur de la lettre à Diognète au 2e siècle à une époque où les chrétiens étaient minoritaires et violemment persécutés !
En ces jours où l’année jubilaire des 2025 ans de la naissance de Jésus arrive à son terme, rendons grâce pour tout ce que le Seigneur a accordé cette année à chacun de nous, et en particulier aux couples et aux familles, par l’indulgence plénière. Et prions particulièrement aujourd’hui pour les couples et les familles qui sont dans l’épreuve pour toutes sortes de raisons. Que le Seigneur accorde à toutes nos familles la paix et la joie qui nous vient du Cœur de Jésus, qui continue de nous abreuver de son amour. Amen.
Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon