Accueil  -  Les homélies de Mgr Laurent Dognin  -  29 novembre 2020 — 1er dimanche de l’Avent – Année B – Reprise des messes après le 2d confinement dû à la COVID-19 – Le Relecq-Kerhuon (29)

29 novembre 2020 — 1er dimanche de l’Avent – Année B – Reprise des messes après le 2d confinement dû à la COVID-19 – Le Relecq-Kerhuon (29)

Is 63, 16b-17 ; 64, 2b-7 ; Ps 79 ; 1Co 1, 3-9 ; Mc 13, 33-37

Homélie retranscrite à partir d’un enregistrement

Chers Amis,

Nous voici rassemblés pour ce premier dimanche du Temps de l’Avent durant lequel nous nous préparons à l’Avènement du Christ. Les Pères de l’Église repèrent deux Avènements du Christ qui nous touchent particulièrement, me semble-t-il, dans la situation que nous sommes en train de vivre d’une pandémie mondiale et des souffrances qui en résultent.

Le premier Avènement, c’est sa venue en ce monde que nous allons célébrer à Noël. Le deuxième, c’est son Avènement à la fin des temps quand il viendra juger les vivants et les morts, comme Jésus l’annonce de façon imagée dans le passage d’Évangile que nous venons d’entendre.

Le premier Avènement que nous nous préparons à célébrer à Noël, c’est la naissance de Jésus il y a un plus de 2000 ans. Mais nous ne célébrons pas uniquement l’anniversaire de sa naissance. C’est bien plus que cela ! En effet, nous sommes invités à nous replonger, d’une certaine manière, dans le Mystère de l’Incarnation.
C’est un grand Mystère, et qui n’a rien d’évident pour beaucoup. Les musulmans pensent que Jésus est un prophète, mais pour eux, le fait que Jésus puisse être Dieu qui s’est incarné dans une personne humaine est impensable.
Beaucoup de chrétiens, et peut-être nous-mêmes, nous vivons dans une forme de déisme. C’est-à-dire que nous croyons en Dieu, nous croyons que Jésus nous l’a révélé d’une certaine façon, mais croyons-nous vraiment que Jésus est Dieu lui-même ? Nous avons besoin d’entrer dans ce Mystère de Dieu, qui a pris chair de notre chair, pour nous sauver. C’est un Mystère, car nous ignorons pourquoi il devait passer par là, mais de fait, il a partagé ainsi en tout notre condition humaine : les joies, les peines de la vie, mais aussi l’angoisse, la souffrance, l’agonie de la mort sur la croix.
Je trouve que cela donne sens à ce que nous vivons en ce moment de difficile en ce monde. Nous pouvons ressentir une certaine inquiétude pour l’avenir, pour ce que va devenir le monde.
Or, Dieu n’est pas là à nous regarder nous entretuer ou mourir dans les hôpitaux. S’il a pris chair de notre chair, avec son lot de souffrance, c’est qu’il devait passer par là pour nous sauver. C’est le chemin qu’il a choisi : non pas en étant loin, mais au contraire en se rendant proche des hommes et en partageant leurs souffrances et leurs angoisses. Il l’a vraiment réalisé à travers l’incarnation, ce grand Mystère de l’Amour de Dieu. Nous avons besoin dans ces moments de pandémie et de ses conséquences, de pouvoir nous replonger et méditer sur l’amour de Dieu qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer et qui se manifeste à notre égard.

Le deuxième Avènement, c’est l’Avènement du Christ à la fin des temps, où, il reviendra juger les vivants et les morts, ainsi que nous le proclamons dans le Credo. C’est une source d’espérance extraordinaire, comme un phare qui éclaire la nuit. De nos jours, beaucoup n’ont pas cette espérance et pensent que le monde va à sa perte. Nous, nous croyons que le Christ reviendra et qu’il établira un règne de justice et de paix et qu’il transformera ce monde.
Cette attente, qui est une source d’espérance, est aussi une exigence, comme nous l’avons entendu dans le passage d’Évangile d’aujourd’hui où Jésus dit : « il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail » autrement dit, nous avons quelque chose à faire sur cette terre, au nom de Dieu. Il nous a envoyés pour cela justement. C’est donc une veille, mais pas une veille endormie, mais une veille active qui demande donc de notre part un engagement à accueillir l’Évangile dans notre vie, à le mettre en pratique, à l’annoncer, à manifester la charité et à vivre cela sans défaillir, dans la fidélité totale.

J’ai parlé de deux Avènements, mais Saint-Bernard, lui, repère un troisième Avènement du Christ. Il dit que c’est un Avènement qui est plutôt discret, guère visible, mais bien réel : c’est sa venue aujourd’hui en nous, dans le secret de nos cœurs, dans la vie de l’Église, etc.
C’est ce que Saint-Paul exprime dans la première lettre aux Corinthiens que nous avons entendue où il nous dit « aucun don de grâce ne vous manque ». De fait, par sa Parole, par les sacrements, Jésus vient bien dans notre cœur, c’est bien un avènement en nous, si nous savons l’accueillir.
Saint-Paul nous dit encore : « C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout. ». Cette force qui nous permet justement de tenir bon et d’être vraiment les serviteurs du Seigneur, c’est le Seigneur qui nous donne la grâce de pouvoir l’être par le Don de son Esprit. C’est à nous, bien sûr, de l’accueillir, mais aussi de le demander dans la prière.
Et enfin, une autre phrase : « lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur. » Cette communion à laquelle il nous appelle à vivre est à raviver sans cesse. En ce temps d’épreuve, nous nous rendons compte que beaucoup de divisions surgissent partout dans les familles, mais aussi dans la communauté chrétienne, dans la société. Nous avons besoin de retrouver la communion en nous et avec le Christ. C’est lui qui réalise l’unité entre les membres de son Église.

Ce temps de l’Avent est un moment idéal pour nous recentrer sur le Christ. C’est un antidote contre l’angoisse, contre les peurs, contre nos divisions. L’Avent est un temps de conversion afin que nous soyons à même d’accueillir la paix, la joie, l’espérance que nous donne le Seigneur et dont nous avons tant besoin.
Amen

† Laurent DOGNIN
Évêque de Quimper et Léon